Née à Paris le 3 avril 1895, Suzanne Agathe Marie Goute, devenue Suzanne Régis par son mariage, fut une femme d’exception, dont la vie a traversé le XXe siècle avec passion, audace et engagement.
Pionnière de l’aviation à une époque où les femmes étaient rares dans le ciel, Suzanne obtient son brevet de pilote à Villacoublay après seulement quinze heures de vol, sans avoir été passagère auparavant. Elle vola sur le mythique Morane-Saulnier Moth, pratiqua la voltige aux côtés d’Hélène Boucher, et transmit sa passion en offrant plus de mille baptêmes de l’air.
Lorsque la guerre éclate, elle devient une résistante de l’ombre, engagée au sein du réseau Monk affilié au Special Operations Executive britannique. Sa maison à Roquebrune, la villa La Cavalière, devient un poste clandestin de transmission radio, d’où plus de 400 messages codés sont envoyés à Londres sans être interceptés.
Sa bravoure et son sang-froid furent exemplaires. Lorsqu’un officier allemand vint inspecter sa maison, elle le reçut avec calme et lui offrit un verre de schnaps, sauvant ainsi un agent britannique caché et le poste radio. En mars 1944, elle échappa de peu à une rafle de la Gestapo, grâce à un sabotage ferroviaire qui retardait son arrivée à Marseille.
Le 15 août 1944, jour du débarquement de Provence, Suzanne participe activement à la Libération. Sa maison devient refuge pour blessés, parachutistes et officiers alliés, inscrite comme « safe house » sur leurs cartes. Avec son gendre, elle prit part à un audacieux retour au front à bord de leur camionnette à gazogène, un véhicule si improbable qu’il fut soulevé par une grue pour franchir un obstacle.
Après la guerre, Suzanne Régis, sculptrice talentueuse, demeura attachée à Roquebrune-sur-Argens, offrant plusieurs œuvres d’art à la commune, dont une statue de la Vierge et un bas-relief. Elle mêla ainsi l’élan du cœur à sa fidélité à ses racines.
Chevalier de la Légion d’Honneur, Officier de l’Ordre national du Mérite, titulaire de la Médaille de l’Aéronautique, Suzanne Goute Régis s’éteint le 20 octobre 1988. Son nom est aujourd’hui honoré dans une salle de La Bouverie, et sa mémoire reste vive.
Femme libre, femme debout, elle incarne par son audace, sa loyauté et sa générosité, ce que la France a de plus noble. Elle fut de celles qui n’ont jamais cessé de voler plus haut que leur époque.