Jean-Pierre Kreiter est né le 23 janvier 1929 à Clérey, dans l’Aube. Il résidait avec son épouse au 8, rue Jean-Aicard, face à l’école primaire de leur village, où il a vécu entouré de simplicité, de discrétion et d’estime.
Engagé volontaire le 30 octobre 1948 dans l’Infanterie Coloniale, il incarne très tôt l’image du soldat courageux, engagé au plus près du terrain, fidèle à ses hommes et à ses missions.
Dès ses premiers mois en opération, il est affecté au 3ᵉ bataillon Thaï, au cœur des combats de la guerre d’Indochine. Cité à l’ordre du régiment pour un acte de bravoure remarquable le 17 mars 1951 à Sou Cut, il conduit son groupe de tirailleurs Thaï avec audace à l’assaut d’un détachement vietminh, pénètre en premier dans les lignes ennemies, abat un chef de section adverse et récupère des documents de valeur stratégique. Cette action lui vaut la Croix de Guerre avec étoile de bronze.
Infatigable, il continue son engagement au sein du 2ᵉ bataillon de chasseurs laotiens. Le 7 janvier 1954, lors d’une mission de couverture sur un itinéraire particulièrement exposé entre Nam Cholo et Tchepone, il protège une colonne harcelée par l’ennemi. Par son sang-froid et son ardeur au combat, il repousse plusieurs assauts, infligeant de lourdes pertes aux forces adverses. Il est alors cité à l’ordre de la division, recevant l’étoile d’argent sur la Croix de Guerre.
Mais c’est dans la nuit du 15 au 16 février 1954, lors de l’attaque du Centre de Résistance de Thakhong (Laos), que Jean-Pierre Kreiter se distingue une fois de plus. Blessé dès le début de l’assaut par des éclats d’obus – à l’omoplate, au bras, au cuir chevelu, à l’œil gauche et au tympan –, il refuse catégoriquement de quitter le combat. Il reste à son poste, continue de commander son groupe, et contribue décisivement à repousser une attaque ennemie pourtant numériquement supérieure, laissant 40 cadavres vietminhs devant le point d’appui. Cette action héroïque lui vaut une citation à l’ordre du corps d’armée, avec étoile de vermeil.
Pour ses services exceptionnels en Extrême-Orient, le sergent Jean-Pierre Kreiter reçoit la Médaille Militaire, l’une des plus hautes distinctions pour faits de guerre. Il est également décoré de la Médaille Coloniale avec agrafe “Extrême-Orient”.
Jean-Pierre Kreiter est décédé le 28 juin 1996 à Nice, à l’âge de 67 ans. Derrière l’uniforme et les décorations, c’était un homme d’exception : humble, déterminé, fidèle à ses engagements, attaché à ses valeurs et à son pays.
Son parcours est celui d’un combattant courageux, au service de la France dans un conflit aussi complexe que brutal. Ses blessures physiques et morales témoignent de la violence de cette guerre et de la grandeur de son sacrifice.
Jean-Pierre Kreiter fait partie de cette génération d’hommes qui ont tout donné, jusqu’à leur propre chair, pour défendre la liberté et l’honneur. Sa mémoire mérite d’être préservée, honorée, transmise.